19/04/2014

© Equilis
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On croyait la réhabilitation du site des anciennes Papeteries de Genval en bonne voie. Lorsque nous étions au collège, nous avions obtenu en 2009, à l’unanimité, un bon plan d’aménagement : assainissement du sol, ouverture de la Lasne, convivialité des espaces publics, extension de la zone verte et, alors que dans un précédent projet le promoteur en souhaitait 600, limitation à 390 du nombre de logements !

Les études concluaient à la faisabilité du projet, notamment en termes de mobilité : cette urbanisation aurait un impact «digérable» sur la mobilité mais à condition de respecter strictement les prescriptions du plan, et en particulier le plafond de 390 logements ! Tout va bien, les travaux commencent… Et puis, voilà qu’on apprend que le promoteur, le groupe Mestdagh, souhaite dépasser les 390 logements. En lieu et place d’une maison de repos, il voudrait construire 66 flats à acquérir pour ainés, qui viennent s’ajouter aux 36 initialement prévus qui, de locatifs, deviendraient eux aussi acquisitifs, soit 102 logements supplémentaires à vendre. Alors qu’il avait toujours prétendu le contraire, le promoteur déclare en effet ne pas avoir les agréments nécessaires pour ouvrir une maison de repos…

Cela change la donne ! Les pensionnaires d’une maison de repos sontunpublic qui n’a pas le même profil socio-économique que celui de propriétaires de flats, même avec services pour personnes âgées : l’âge moyen, les activités, les besoins de déplacement sont tout à fait différents. Ces 102 flats représenteront en fait une augmentation de 26% par rapport au plafond de 390 logements, avec potentiellement 102 voitures en plus que prévu initialement et donc un impact négatif sur la mobilité. Celle-ci, du coup, deviendra bien moins «digérable» ! De plus, nous n’avons pas la garantie absolue que les propriétaires et les occupants de ces flats resteront bien toujours des séniors…

Dans un premier temps, le collège refuse le remplacement de la maison de repos en flats. Vives réactions du promoteur qui menaced’arrêtertoutlechantier…

Coup de théâtre : au moment de rédiger ces lignes, nous apprenons que la commune, tout compte fait, revoit sa position et remetfinalementunavisfavorable ! Et, dans la foulée, le permis d’être accordé par la Région…

C’est un abandon en rase campagne devant les exigences du promoteur qui fait, de surcroit, la bonne affaire : quoi de plus rentable que des flats haut de gamme à vendre pour un public de séniors, certes, mais de séniors aisés ? Le tout au détriment de places d’hébergement plus accessibles aux personnes âgées, ainsi que d’une mobilité gérable à terme !

Y avait-il moyen de faire mieux ? Nous croyons que oui. Avec d’autres groupes de la minorité au conseil communal (UC-PS et Proximité), réunis à notre initiative, nous avons suggéré que les pouvoirs publics, via une intercommunale, reprennent le projet de maison de repos et introduisent un dossier d’agrément en bonne et due forme à la Région. L’autorisation ne serait sans doute pas tombée avant la mise en place d’un nouveau gouvernement, donc pas avant plusieurs mois. Cette partie du chantier des Papeteries aurait toutefois pu être mise en veilleuse, sans retarder le reste, et notamment les appartements dont les acheteurs attendent impatiemment la livraison !

Cette affaire est inquiétante car elle montre, de la part des autorités, une grande porosité aux arguments du promoteur. Le précédent est dangereux ! Leplan d’aménagement des Papeteries est le fruit d’un équilibre que l’on est en train de détricoter ! Nous avons entamé diverses actions auprès des autorités tant locales que régionales pour que cet équilibre ne soit pas définitivement rompu, en vain, hélas. Ceci dit, il ne faut pas baisser les bras. Malgré l’octroi du permis modificatif qui autorise que le nombre de logements acquisitifs passe de 390 à 492, il faut continuer à faire pression pour éviter le détricotage du plan d’aménagement des Papeteries. Affaire à suivre, donc, comme on dit…

– Philippe Lauwers

 

Cette article vien de La Verte Feuille n° 73, avril 2014.