Compte-rendu de la conférence-débat sur les migrations

Dans une carte blanche, Bart De Wever a récemment déclaré qu’ouvrir les frontières aux migrants mettrait le fonctionnement de la sécurité sociale en péril. Traduction : être opposé à une politique de fermeté induirait d’être en faveur d’une politique de frontières ouvertes nécessairement destructrice pour le système d’Etat-providence. François De Smet, directeur de Myria, le Centre fédéral Migration, qui a répondu à Bart De Wever dans le journal Le Soir, était notre premier intervenant lors de notre conférence. Selon lui, fermer ou ouvrir complètement les frontières n’est pas une solution. Il n’existe pas de « confort idéologique » sur cette question. Tant qu’il y aura des raisons de migrer, il y aura des migrants. Et si les frontières s’ouvrent, ce seront celles et ceux qui ont le plus de moyens qui fuiront leur pays, ce qui n’est pas juste. Il s’agit donc de faciliter l’« entre-deux » : disposer d’une meilleure politique d’asile et développer une politique de migration ouverte sur le plan économique. François De Smet s’est exprimé sur la notion d’« appel d’air » : pour lui, il y a à la fois une part de fantasme et de réalité dans ce concept. Il ne s’agit pas de nier cette inquiétude mais d’être conscients de l’enjeu : le respect des droits humains fondamentaux. Il s’agit aussi de prendre conscience du déficit démographique de nos pays. En conclusion, François De Smet nous a exhortés à positiver le discours sur la migration.

Benoît Hellings, notre deuxième intervenant, député fédéral Ecolo, a établi un lien entre la question de la migration et les traités de libre-échange. En effet, alors que ceux-ci permettent toujours plus de liberté de circulation des biens et des services, la liberté de circulation des personnes est systématiquement limitée et mise en question ces dernières années. Selon Benoît Hellings, nous assistons à une guerre idéologique et tout est mis en œuvre pour décourager l’accueil des demandeurs d’asile et des migrants en transit – ces personnes qui traversent notre territoire sans procéder à une demande d’asile en Belgique. La mobilisation et l’engagement des citoyens peuvent changer la donne s’est enthousiasmé Benoît Hellings. Ce qui se passe dans les conseils communaux, comme lors du dernier en date à Rixensart, pourrait influencer les hommes et femmes politiques, jusqu’au premier ministre lui-même…

Armelle Philippe, avocate spécialisée en droit des étrangers, notre troisième intervenante, a remis la notion de « pic » migratoire en perspective : après un nombre de premières demandes d’asile significatif en 2015, lié au conflit en Syrie, les chiffres pour 2016 et 2017 sont revenus à des niveaux stables. Le message principal d’Armelle Philippe est que nous pouvons faire face aux flux migratoires à condition que l’Union européenne organise un accueil de manière équilibrée entre ses différents Etats membres et que chaque niveau de pouvoir prenne ses responsabilités pour assurer un accueil préservant la dignité de chacun. Etant donné qu’actuellement, selon le règlement Dublin, c’est le pays par lequel un migrant est entré et dans lequel il/elle a été contrôlé(e) qui est responsable de l’examen d’une demande d’asile dans l’Union européenne, Armelle Philippe plaide pour une révision de cette procédure qui est particulièrement injuste et lourde pour les pays d’Europe du Sud. La possibilité de faire une demande d’asile à distance est une piste à envisager selon elle.

De quel pouvoir dispose le niveau communal dans le cadre de l’accueil ? C’est l’Office des étrangers qui a le pouvoir de décision. La commune intervient à deux niveaux : la police procède à des contrôles de vérification du domicile pour toute personne en demande d’un droit de séjour d’une part ; le CPAS assure le respect des droits sociaux des migrants d’autre part. De plus, les écoles communales disposent de « classes passerelle » pour accueillir les enfants.

Qu’en est-il de l’hébergement organisé par les citoyens et de la question des « visites domiciliaires » ? Selon Armelle Philippe, de telles visites sont illégales : ces visites ne sont pas prévues par la loi. Un projet de loi est en cours et comporte cette possibilité. Nous vous proposons de lire à ce sujet notre article Rixensart, Terre d’accueil. Notre commune s’est déclarée contre ce projet de loi et le rejette unanimement.

Thierry Pire, directeur du centre Fedasil de Rixensart, était notre quatrième intervenant. Le centre Fedasil dispose de 170 places d’accueil et a la particularité d’accueillir des jeunes femmes mineures enceintes ou accompagnées de leur(s) enfant(s). La procédure d’une demande d’asile prend généralement au minimum quelques mois mais peut durer des années : certaines familles résident au centre depuis 7 ans… Fedasil est également un acteur d’intégration en proposant et facilitant des formations et des trajets vers l’emploi. Thierry Pire a souligné le soutien de la population locale via un réseau de bénévoles et des aides matérielles substantielles, et ce malgré la période de tension qui a eu lieu lors de la décision de créer un tel centre dans notre commune il y a 20 ans. Les défis à relever sont liés à l’accès au logement à la sortie du centre et l’accès à la mobilité.

Cette conférence a permis des échanges éclairés et éclairants sur les enjeux, les défis et les perspectives offertes par les migrations. Nous espérons, en tant que groupe Ecolo de Rixensart, que le respect des droits humains fondamentaux sera toujours le socle sur lequel reposera toute décision relative à des personnes qui séjourneront sur notre commune, quel que soit leur statut, leur origine, leur destin.

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